Reading time 13 minutes.
La Paz est-elle la capitale de la Bolivie ? Sucre est encore la capitale constitutionnelle (c’est-à-dire selon la constitution), mais en pratique le pouvoir politique réside à La Paz, le siège du gouvernement. Le centre-ville est à 3 640 mètres d’altitude, mais le dénivelé est très impressionnant : la ville s’étend entre 3 000 et 4 000 mètres.
Mardi 9 juillet 2024
L’aéroport est dans la ville d’El Alto, située sur les hauteurs, dans la continuité de La Paz. El Alto est construite sur un plateau tandis que La Paz s’étend sur les versants et le fond d’une vallée. Nous prenons un van collectif jusqu’à la Plaza Isabel la Católica (15 BOB/1,5 euro par personne), le terminus, et marchons jusqu’à l’hôtel. Les embouteillages à la sortie de l’aéroport sont assez terribles. Et nos bagages étant simplement posés au-dessus du véhicule, nous nous inquiétons de potentiels vols, sachant que cela est fréquent en Bolivie. Nous mettons des masques pour ne pas trop subir les émissions de tous ces vieux véhicules. Une fois que nous sortons d’El Alto, nous roulons bien mieux, et la vue plongeante sur La Paz est impressionnante.
Mercredi 10 juillet 2024
Tout le monde se salue au petit-déjeuner de l’hôtel. Nous avons aussi remarqué que les gens, de manière générale, se disent boujour au restaurant. Les informations télévisées, que nous regardons au petit-déjeuner, confirment ce qu’on suspectait : les Boliviens sont très revendicateurs. Depuis notre hôtel, nous entendons des détonations liées aux manifestations de soutien à l’ancien président Evo. On me dit qu’elles sont fréquentes et que parfois les partisans de l’actuel et de l’ancien président s’affrontent à coup de cailloux et de pétards.
Nous n’avons aucune difficulté à trouver un service de laverie et pressing très abordable et de qualité (13 bolivianos le kilo, arrondi au kilo inférieur). Je suis heureux d’échapper à la lessive dans la chambre d’hôtel.

Une activité que nous aimerions faire est la descente de Death Road en VTT. Trois agences retiennent notre attention : Barracuda, Altitude et Gravity. Nous finissons par choisir Barracuda, la moins chère des trois. Les vélos et les équipements qu’on nous présente lors de la réservation en agence sont tout à fait satisfaisants.
Taux de change du jour : 9,9 BOB pour le dollar américain et 10,45 BOB pour l’euro. Les bureaux de change près de l’Obelisco sont les meilleurs que nous ayons trouvés en ville.
Popular Cocina Boliviana fait partie des restaurants qu’on nous a recommandés. Le restaurant est effectivement très populaire, surtout auprès des touristes. Nous attendons le deuxième service du midi. La salle est remplie, le personnel travaille dur. Les serveurs paraissent fatigués et cela affecte l’ambiance. Les plats sont beaucoup plus beaux que bons. Le contraste entre l’apparence, très travaillée et séduisante, et le goût, assez moyen, est surprenant.

Y cherchait depuis longtemps à remplacer l’écran de protection de son vieux téléphone portable. Pour 20 bolivianos, ils ont imprimé un écran de protection correspondant au modèle du téléphone et nous l’ont installé. Je pense que ce genre de service personnalisé est ingénieux et nécessaire dans un pays où le matériel informatique est aussi ancien qu’hétérogène.
Nous prenons une pause gourmande chez Banais : un cheesecake au quinoa. Nous avons régulièrement besoin de nous abriter de la pollution et du vacarme de la ville pendant une journée de visite.
En rentrant, nous passons devant Mi Chola, un restaurant gastronomique, et décidons de réserver pour le soir même. Encore une fois, nous avons été impressionnés par la présentation des plats, mais très déçus par le goût. D’habitude quand c’est aussi beau, c’est aussi très bon !

Jeudi 11 juillet 2024
Le réseau de téléphériques transporte chaque jour 159 000 passagers avec ses 5 lignes. Visiter La Paz et El Alto en téléphérique est une activité touristique assez unique à un prix modique. La file d’attente aux l’heures de pointe peut donner le tournis tellement elle s’allonge et serpente.
Ce soir-là, sur la Plaza Avaroa, des groupes se rassemblent pour danser. Les hommes et les femmes ne se mélangent pas. Cet espace en plein air, situé proche de notre hôtel, semble être un lieu important pour la vie social du quartier. Cela nous fait penser aux pratiques sportives collectives dans les parcs en Chine.
Vendredi 12 juillet 2024
Aujourd’hui, nous nous rendons à Copacabana sur le bord du lac Titicaca. Dans pas si longtemps, nous serons sur la plage de l’autre Copacabana à Rio de Janeiro !
Le chemin vers le terminal de bus du Cementerio est incroyablement raide. Je n’ai jamais vu de telles routes en ville. Et le taxi, que nous avons réservé sur inDrive, a une vieille voiture manuelle qu’il conduit admirablement.
Les langues autochtones changes en fonction des régions. Par exemple : à Cochabamba, on parle quechua (la langue de l’Empire Inca) alors qu’à La Paz, on parle plutôt aymara.
En attendant le bus, en face du cimetière, nous assistons au passage d’une gigantesque manifestation. Nous avons attendu trente minutes et nous étions encore loin de voir la fin du cortège. Les gens défilaient tranquillement, souvent vêtus de leur tenue de travail (comme les mineurs avec leur casque et lampe) ou de leur habit traditionnel. La manifestation était en soutien au gouvernement. Les gens venaient de tout le pays. Des pétards explosaient en permanence.

La vue du Cerro Illimani est impressionnante lorsqu’on s’éloigne de La Paz.
Je trouve la manière dont les gens parlent très chaleureuse et même mignonne. Ils utilisent les suffixes “-ito” et “-ita” à tout bout de champ.

Nous souhaitons assister au coucher de soleil au sommet du Cerro Calvario qui porte bien son nom. L’ascension est courte mais très raide et l’effort nécessaire était beaucoup plus difficile que prévu. Nous ne sommes pas habitués à fournir des efforts à cette altitude (3 800 mètres). Y a le souffle très court.

Nous dînons dans un des kiosques sur le bord de la plage. Ce n’est peut-être pas la meilleure décision. En cette saison, le soir, il fait froid et on ne profite pas de la vue sur le lac. Mais le poisson était excellent. Trois types de poisson sont pêchés dans ce lac, parmi lesquels la truite est probablement la plus intéressante. C’est pour ça qu’on n’arrête pas de nous en servir depuis qu’on est en Bolivie.
Samedi 13 juillet 2024
Copacabana est légèrement plus en altitude que La Paz. Je ressens un très léger mal de crâne. Un léger inconfort qui disparaît quand je suis occupé.
Nous laissons nos bagages à l’hôtel et partons avec des petits sacs de randonnées. Le bateau de 9 heures nous emmène au nord de Isla del Sol. Un autre bateau part pour le sud de l’île à 8 h 30. Nous achetons nos billets directement sur le quai sans passer par des agences ou des revendeurs. Nous avons passé plus d’une heure sur de simples bancs en bois sur le toit du bateau. Le soleil tapait fort. Et il n’y avait pas suffisamment de gilets de sauvetage pour tout le monde, donc pour nous.

Au programme : faire le tour de l’île, visiter des hébergements que l’on a repérés et décider ensuite de passer ou non la nuit sur l’île.
Les horaires des bateaux-bus dépendent en partie du nombre de personnes. Le capitaine n’hésite pas à attendre 10-15 min pour remplir son embarcation.
Hier dans le bus, ce matin au petit déjeuner, en ce moment sur le bateau, nous sommes constamment entourés de Français. Pourquoi sommes-nous si nombreux en Bolivie ? Je pense qu’il n’y a pas plus de Français qu’ailleurs. Mais, par rapport aux autres touristes, les Français sont nombreux, voyagent souvent, longtemps, sont plutôt en bonne condition physique et bénéficient d’un modèle de protection sociale généreux. Ces caractéristiques font que le touriste français se retrouve avec nombre de ces semblables dans des destinations touristiques secondaires, un peu inconfortables et légèrement difficiles d’accès. Les autres francophones (Suisses, Belges, Québécois, etc.) sont aussi nombreux en Bolivie.
Nous suivons un guide pour explorer la partie nord de l’île. Les gens parlent aymara sur l’Isla del Sol. Le lac fait 365 mètres de profondeur. C’est le plus grand lac d’eau douce d’Amérique du Sud (en volume) et le plus haut lac navigable au monde avec des embarcations touristiques et commerciales. Nous voyons des champs de oca, un tubercule un peu sucré. L’île compte 1700 habitants, répartis en trois communautés (au nord, au centre et au sud) dont les relations ne sont pas toujours apaisées. Les habitants vivent de tourisme, d’agriculture et de pêche. On nous parle d’un temple englouti par les eaux. Les ânes transportent les marchandises. Les véhicules sont interdits sur l’île.


La randonnée du nord au sud de l’île est encore une fois plus éprouvante que prévu à cause de l’altitude. Nous arrivons trop tard pour rentrer à Copacabana ce soir. Nous avons pu négocier le tarif de la meilleure chambre au prix de la chambre de base. Cela a été possible car nous n’avions pas réservé notre hébergement hehe. Depuis notre chambre d’hôtel, nous avons une vue magnifique sur le lac et les montagnes.

Dimanche 14 juillet 2024
Dans notre belle chambre, il faisait froid et Y a passé une mauvaise nuit à cause de l’altitude. Après un mois en altitude, elle continue à se réveiller avec des palpitations au coeur. Il faut croire que l’acclimatation a ses limites.
Ce matin, nous assistons à un spectacle depuis notre chambre bien douillette. Le vent balaie le lac Titicaca partiellement gelé. Et le soleil se lève droit devant notre fenêtre au dessus de la Cordillère Royale.
De retour à Copacabana, nous déjeunons au restaurant où nous avons dîné le premier soir. L’ambiance sur la plage est festive et très différente de celle que nous avons connue : les gens sont venu se détendre et s’amuser le weekend à Copacabana. Le poisson est toujours délicieux. Je suis encore surpris de constater à quel point les Boliviens sont discrets. Généralement, on n’entend quasiment pas les grandes tablées autour de nous.

Nous retournons au Cerro Calvario pour le coucher du Soleil. L’ascension nous semble beaucoup plus facile. Il faut croire que le corps s’adapte vite à l’effort en altitude. Y, qui commence enfin à guérir, se dit qu’elle pourrait tenter un sommet de plus de 6 000 mètres avant notre départ de Bolivie.

Lundi 15 juillet 2024

Le bus de retour vers La Paz transporte surtout des poissons en soute. Nous mettons 4 h 20 porte-à-porte, ce qui était pour moi inimaginable vu le temps que nous avons mis à l’aller.
Mardi 16 juillet 2024
Death Road / Camino de la muerte
Nous avons choisi l’agence Barracuda pour la descente de Death Road en vélo tout-terrain. Notre pick-up est à 6 h 50 du matin à l’hôtel Selina, qui fait partie d’une chaîne d’auberges de jeunesse plutôt chic. Nous sommes au rendez-vous à 6 h 40, mais les guides ne viennent nous prendre qu’à 7 h 15. Sans surprise, on nous presse un peu pour finir le petit-déjeuner.


Le véhicule nous dépose un peu en dessous de 4 700 mètres d’altitude. Nous allons parcourir plus de 60 km à vélo pour arriver aux alentours des 1200 mètres. La première partie se fait sur une route goudronnée empruntée par les voitures. Death Road commence lorsque nous arrivons à 3 000 mètres d’altitude. La route n’a plus de revêtement. En théorie, pas de voiture non plus. En pratique, les locaux empruntent toujours cette route et ils sont souvent plus lents que les vélos. Les droits d’entrée s’élèvent à 50 bolivianos. La route est magnifique. Nous avons bien profité du fait qu’elle était fermée à la circulation des véhicules motorisés. L’inclinaison et l’état de la route ne faisait pas vraiment peur.
Vers la fin, nous avons eu un peu de plat et même de la montée, surtout pour nous rendre au restaurant. Les vélos étaient très bien entretenus et les suspensions étaient largement suffisantes pour affronter le relief de la route. Le groupe et les guides étaient très sympas. Je me souviens de Daniel, un anglais de Londres avec sa veste Grab. Au Vietnam, il faisait chauffeur Grab sans se faire rémunérer.
Des petites mouches qui nous ont piqué au bord de la piscine.
Y était en neuvième vitesse (le maximum) tout le long du trajet. Ça n’a pas été facile dans les montées !

Le retour vers La Paz a été très lent. Le véhicule est vieux et roule à 35 km/h en montée. Juste avant de nous déposer, les guides nous montrent des vidéos d’accidents sur Death Road pour nous donner une idée de ce à quoi nous avons échappé aujourd’hui. La plupart des accidents de vélo sont causés par la négligence de la victime. Dans une vidéo vraiment triste, on voit des gens se rassembler pour aider un camion sur le bord du précipice. Le chauffeur refuse d’abandonner son véhicule, remonte prendre le volant et fini par tomber avec le camion.
Mercredi 17 juillet 2024
Il y aurait tellement de choses à dire sur l’ascension du Huayna Potosi. L’ascension de ce sommet de plus de 6 000 mètres se fait généralement sur deux ou trois jours. La journée supplémentaire permet de s’acclimater et de s’entraîner à l’escalade sur glace. Nous avons choisi de partir sur deux jours, car à partir du moment où Y s’est sentie mieux, il ne nous restait pas plus de temps. Nous y sommes allés en doutant grandement de nos chances d’arriver tous les deux ensembles au sommet.



Nous avons un guide pour deux. Au camp de base, on nous donne notre équipement. Je prends tous les équipements lourds dans mon sac. Y porte un sac bien plus léger. La montée vers le refuge est douloureuse pour moi avec tout ce poids sur le dos. Dans la dernière section, notre guide, Ismaël, nous abandonne pour poser son sac puis revient porter les nôtres. Au refuge, nous rejoignons des gens qui font l’ascension sur trois jours. Nous sommes tous dans un dortoir. Une néerlandaise est très malade, je me demande ce qu’elle fait ici. La lecture du livre d’or était drôle et encourageante. Mais les conseils laissés par les voyageurs se contredisaient parfois et ne me semblaient pas toujours pertinents. Je trouve qu’il a fait très froid cette nuit-là. Apparemment, je suis un des seuls à avoir réussi à dormir.
Jeudi 18 juillet 2024
La nuit est très courte puisque nous sortons du refuge vers deux heures du matin. Comme nous sommes un peu frileux et qu’il fait sacrément froid, nous ne suivons pas tout à fait les recommandations et choisissons de nous couvrir un peu plus. Cela s’avèrera être une erreur puisque les températures augmentent fortement dans la matinée.
Nous commençons l’ascension sur de gros rochers avant d’atteindre la partie recouverte de glace menant jusqu’au sommet. Ismaël nous aide à chausser nos crampons et nous explique comment marcher avec ainsi qu’à utiliser notre piolet. En voyant les lumières des lampes frontales former des lacets sur la montagne, nous réalisons que nous sommes parmi les derniers. Il faut dire que notre refuge était plutôt bas en altitude. Y et moi sommes tous les deux encordés à Ismaël. L’ascension est relativement peu technique : les crampons accroches bien, il suffit de marcher en pente, les crevasses sont faciles à éviter. Le guide est excellent, nous nous sentons en sécurité. Mais cet effort, en apparence modeste, soumet le cœur à rude épreuve à cause de l’altitude. Nous avons besoin de pauses régulières pour éviter qu’il ne s’emballe.
Après avoir évalué notre rythme de progression et sondé notre état de forme, on me propose de rejoindre un groupe plus rapide pour augmenter mes chances d’atteindre le sommet tandis qu’Y resterait avec Ismael. Il faut savoir que si nous sommes trop lents, on ne nous laissera pas terminer l’ascension. De plus, reformer les groupes n’est possible qu’au début de l’ascension quand les groupes rapides ne se sont pas encore trop éloignés. Nous choisissons de rester ensemble pour vivre cette expérience à deux (ou plutôt à trois avec le guide) tout le long et pour augmenter les chances qu’Y d’arrive au sommet.
L’ascension est longue et difficile. Nous marchons dans le noir avec nos lampes frontales. Le guide place les pauses de manière très intelligente pour maximiser notre rythme de progression. Lorsque nous dépassons certains groupes, on dirait une course d’escargot, nos capacités d’accélération sont très limitées. Nous commençons à croire que nous pouvons arriver au bout. Lorsque le jour commence à poindre, j’hésite à prendre des photos, mais comme ces moufles sont horribles à remettre, j’en profite seulement avec mes yeux.

À deux cents mètres du sommet, sur la dernière ligne droite, alors que nous sommes exténués, nous croisons Virginie (rencontrée lors de la traversée vers Uyuni) qui redescend et semble toujours si sympa en apparence.
L’arrivée au sommet est un grand soulagement.


Dans la descente, Y a très peur de glisser. Nous sommes toujours attachés par de courtes cordes. Et j’ai du mal à marcher au rythme d’Y, beaucoup plus lent que le mien en descente. Nous battons le record de la descente la plus lente, nous dit-on. Comme nous mettons du temps, il commence à faire très chaud, la glace est humide et des flaques se forment par endroit. Lorsque nous arrivons au refuge, le groupe est déjà parti. Nous faisons le retour au camp de base à trois. Je porte tout l’équipement pour deux sur mon dos. Y était censée porter nos affaires personnelles, mais le cuisiner du refuge propose de lui ramener son sac. Nous prenons la navette des employés pour rentrer à La Paz. Nous donnons un pourboire généreux à Ismael qui semblait très content. Notre guide était exceptionnel. Nous avons eu beaucoup de chance, car avec quelqu’un d’autre, nous n’aurions probablement pas réussi et autant profité d’un challenge à la limite de nos capacités.
Samedi 19 juillet 2024
Départ pour Sao Paulo.
Durant ces dernières semaines en Bolivie, j’ai changé d’odeur corporelle de manière assez significative. Je constate que les gens locaux ont cette même odeur. Est-ce la nourriture et l’altitude ?
Leave a Reply